Une alliance de géants autour de l’intelligence artificielle


Google, Facebook, Microsoft, IBM et Amazon viennent de former le consortium “ Partnership on AI ” pour réfléchir au bon usage des futures intelligences artificielles.

C’est une alliance de géants. Google, Facebook, Microsoft, IBM et Amazon ont dévoilé, le 28 septembre, leur volonté de collaborer dans le domaine de l’intelligence artificielle au sein d’un consortium sobrement baptisé “Partnership on AI”.
Leur but ? S’assurer que les progrès de la science concernant les IA débouchent sur une ” influence positive ” de cette technologie sur notre vie.

Ces cinqs pilliers de l’Internet et de l’informatique s’engagent donc dans un processus de réflexion éthique, afin de convenir de normes communes qui réguleront les futures machines capables d’intelligence.

Robert Voyer, enseignant-chercheur à Telecom Paris explique,

” Cette charte d’éthique devra tout d’abord être pensée pour former les équipes de chercheurs. Mais elle devra bien sûr intervenir lors du développement des IA. Plancher sur l’éthique de l’IA permettra à ces machines intelligentes, au lieu de répondre à un problème à partir de simples données accumulées, de prendre elles-mêmes des décisions à partir d’un jugement de valeur. C’est la différence entre intelligence et conscience. “

Des machines qui raisonnent.

Ce domaine de recherche, qui mêle informatique et philosophie, peut se comparer à l’éducation d’un enfant.

” La prise de décision d’une IA devra s’appuyer sur une hiérarchisation de morales, explique Robert VoyerPrenons l’exemple du débat sur l’avortement : le partisan peut faire valoir son droit aux libertés individuelles, tandis que le pourfendeur souhaite quant à lui respecter le droit à la vie. Ce sont deux morales différentes et chaque humain se fait une opinion sur le sujet en surclassant une de ces morales sur l’autre. Adapter ce raisonnement aux machines, c’est toute la difficulté à laquelle sont confrontés les chercheurs “.

L’annonce des géants américains se veut avant tout rassurante pour le public. Les récentes déclarations alarmistes au sujet de la menace que représenteraient les IA pour l’humain, notamment celles du physicien Stephen Hawking et de l’ingénieur et homme d’affaire Elon Musk, ont instauré un climat de scepticisme aux États-Unis sur ces thèmes de recherches. Musk, fondateur de Tesla Motors et de SpaceX, a pour l’instant refusé de rejoindre le consortium – il dispose de son propre laboratoire de recherches en source libre, OpenAI –, de même qu’Apple, l’autre grand absent, qui se dit néanmoins intéressé par l’initiative, selon les mots d’Eric Horwitz, directeur de la recherche chez Microsoft.

Malgré toute la bonne volonté des GAFAM et d’IBM, la menace le plus imminente repose sans doute sur le monopole qu’ils semblent mettre en place. On peut en effet s’inquiéter de voir ce « supergroupe » de l’industrie technologique doubler le gouvernement américain pour réguler les IA. Pour Robert Voyer, outre le fait de rassurer, la création de ce consortium permettra à ces firmes d’avoir les mains libres dans le futur : on peut craindre que leur but sous-jacent soit d’imposer, à terme, leur propre législation sur les intelligences artificielles “  Un objectif que les responsables du nouveau consortium se défendent d’avoir pour le moment.


Source : “D’après un article de Valentin Pasquier du 01/10/2016”